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La Tempête - texte intégral
De fait, les critiques ne furent pas tendres à l'égard de la pièce ni de son interprète principal ! Ray Conlogue, dans son compte-rendu cinglant de la représentation dans The Globe and Mail décrit "une mise en scène de "La Tempête" minimaliste et péniblement réalisée, une production pleine de vanité" et pour lui le Prospero de Jeremy est  "emphatique avec des regards de fou."
 
Conlogue acheve froidement "La plus grande partie de l’interprétation de Brett est en fait un faux récital de techniques. Il ne crée pas un réel contact, ni avec nous, ni avec ses partenaires. Ses émotions se perdent d’elles-mêmes dans une salle vide. J’ai rarement vu une interprétation aussi opaque et obscure. Aucun metteur en scène digne de ce nom n’aurait pu le tolérer. Il est certain que Brett, qui fut dirigé dans Hedda Gabler par Ingmar Bergman et dans Troilus and Cressida par Tyrone Guthrie, est un acteur sûr et puissant.
 
Cette Tempête se noie et nous apprend  que même un tel acteur peut, sans metteur en scène, perdre le sens de son travail. Par exemple le discours bruyant qui conduit Miranda à faire sa remarque sur la "cure de surdité" est prononcé suffisamment bruyamment, mais avec d’étranges souffleries intermittentes qui sont encore plus étourdissantes que tout le reste. Ce braillement est purement technique. Il n’y a pas le moindre sentiment derrière cela."
Jeremy s'envola pour le Canada en 1982 pour tenir le rôle de Prospero dans La Tempête tout en étant producteur et metteur en scène de la pièce avec la compagnie de théâtre expérimental "Toronto Workshop Productions". La vision brettienne de l'œuvre est très personnelle et fut malheureusement un échec cuisant.
 
Jeremy réalisa que sa mise en scène de La Tempête n’était pas du tout adéquate. Il l'admit volontiers au reporter canadien Sue Lerner, en 1983 : "Je suis d’abord et avant tout un acteur. Mais, si j’ai une idée absolument brillante, je la réaliserai. Je pensais que La Tempête en était une, mais à présent il y a eu trois films et 60.000 productions. Cependant, c’est le hasard, car qui peut prévoir qu'autant de gens le feraient. "
 
Cette expérience tumultueuse désastreuse enseigna cependant une chose à Jeremy : "Cela m’a appris à être reconnaissant envers celui qui m’offre un rôle, car cela signifie que tout l’argent est réuni, que tout le casting est choisi, que les costumes sont exécutés, et que tout est prêt à démarrer. On réalise quelle chance on a, car c’est un incroyable gouffre de travail du début jusqu’à la fin. J’apprécie d’autant plus d’être acteur."
 
Paradoxalement, La Tempête poussa indirectement Jeremy vers le rôle de Sherlock Holmes. Lorsque la Granada lui avait proposé d'incarner le détective, il se préocupait davantage de financer son projet de réaliser un film à partir de la pièce. Cela s'augura très mal après son échec cuisant au théâtre à Toronto et la sortie prévue d'une grande adaptation de La Tempête au cinéma avec John Cassavetes.
 
Jeremy abandonna le projet et reconsidéra alors la proposition de la Granada. Il emporta avec lui en vacances à la Barbade toute l'œuvre de Conan Doyle, le Canon, qu'il relut avec enthousiasme. La Tempête et Prospero succombèrent au charme nouveau de Holmes. Fasciné par sa lecture et sa redécouverte du héros doylien, dont il sentait "qu'il pouvait en faire quelque chose", Jeremy accepta de l'incarner. The game is afoot !
La Tempête
Herbert Whittaker qui avait assisté à une répétition de la pièce la présenta :
 
"La Tempête est montée par le directeur et vedette, Jeremy Brett, acteur britannique que l'on a pu voir il y a plusieurs saisons à Stratford, dans le double rôle de Thésée et Oberon. Sharon Purdy a fait les costumes pour les "assortir" à la vision, ou re-vision, qu'a Brett de Shakespeare. Toronto verra le spectacle le 14 Mai avec la "Toronto Workshop Productions" avant que Brett ne lance un nouveau théâtre aux Bahamas, et plus tard n'en fasse un film là-bas. Sa dernière entreprise similaire fut un "Macbeth" réalisé pour Home Box Office, avec Piper Laurie en Lady Macbeth."
 
"Ici Mr. Brett joue Prospero - pourquoi devrait-il toujours être âgé ? - aux côtés de deux jeunes canadiens, Peggy Coffey et Geraint-Wyn Davies, dans les rôles de Miranda et Ferdinand et un acteur de la Barbade, Iain Deane, interprétant le double rôle d'Ariel et Caliban."
Figurant parmi les dernières pièces de William Shakespeare (1564-1616), La Tempête, une tragi-comédie romanesque en cinq actes qui fut jouée la première fois en 1611. Ce genre théâtral se caractérise par un dénouement heureux succédant à des événements dramatiques, et accorde une place importante au surnaturel.
 
La pièce s'articule autour du thème du pouvoir et de la liberté, mais son champ dépasse largement celui de la réalité car elle est avant tout la métaphore de l'incursion d'un autre monde qui bouleverse les certitudes. Il s'agit d'une pièce très énigmatique qui invite le spectateur à une interprétation symbolique, tout en résistant aux tentatives d'explication.
 
On a ainsi pu lire La Tempête comme le testament de Shakespeare, en voyant dans la célébration des pouvoirs magiques du démiurge Prospero, une mise en abyme du théâtre, qui débouche finalement sur le renoncement aux arts de l'illusion et la résignation devant la condition humaine.  
 
Les personnages de La Tempête se sont élevés aujourd'hui à un rang quasi mythique, représentés, cités, repris, mis en scène par de nombreux d'artistes. Ils symbolisent avec une grande richesse des comportements et sentiments humains. Caliban et Ariel ont souvent représenté les peuples primitifs devenus esclaves des puissances coloniales.
 
Prospero propose une réflexion sur la magie éphémère du théâtre, qui est aussi l'image du monde. La pièce aborde la noirceur de la nature humaine de manière apaisée, elle est pleine d'ironie, de drôlerie truculente et de poésie aérienne. La Tempête s'avère, plus largement, une réflexion métaphysique sur le pouvoir et la liberté des hommes dans ce monde, où seul l'amour semble sortir vainqueur.
The Tempest
de William shakespeare
- 1982 -
Stratford Festival, Ontario
Rôle:  Prospero - Mise en scène de Jeremy Brett
À la fin, les esprits du ciel, de la terre et des eaux ramenent Prospéro à la réalité, lui rappelant la précarité de son pouvoir. Tous les personnages se retrouvent devant lui. Le magicien donne la main de sa fille à Ferdinand, se reconcilie avec son frère et le roi, libére Ariel et Caliban et pardonne à tous.
 
Au cours de l'ultime soirée sur l'île, Prospéro, en signe d'humilité, renonce à sa magie en détruisant son bâton et son livre de sort, avant de retrouver son duché.
 
Face à une réalité invisible qui le dépasse, Prospéro achève son parcours spirituel plus libre, affranchi de l'illusion et des vanités du monde, désormais uniquement accessible à l'amour et la compassion.
 
La morale de cette fable : si le pouvoir de la réalité semble précaire face à celui de l'illusion, celui de l'amour paraît supérieur.
Le duc légitime de Milan, Prospero, après avoir été déchu par son frère Antonio pendant son absence, se retrouve exilé avec sa fille Miranda sur une île déserte. Cela fait douze ans qu'il vit à présent comme un puissant sorcier et maître de ce royaume enchanté et sauvage peuplé d'esprits surnaturels.
 
Grâce à la magie de ses livres, il gouverne les éléments et les esprits, notamment Ariel, esprit positif de l'air et du souffle de vie, à son service depuis que Prospéro l'a sauvé, ainsi que Caliban, être négatif monstrueux symbole de la terre, la violence et la mort, qui hait son maître mais doit lui obéir. Le démiurge se croit libre possédant l'omnipotence de l'illusion et du destin...
 
Prospéro apprend que son frère l'usurpateur navigue au large de l'île et ordonne à Ariel de provoquer une tempête furieuse qui entraîne le naufrage du vaisseau. Parmi les rescapés, échoués à différents endroits de l'île, se trouvent Antonio, son comparse Alonso, le roi de Naples, avec son fils Ferdinand, ainsi que Sébastien, le frère d'Alonso et Gonzalo, un conseiller du roi de Naples allié de Prospéro. Alonso et Ferdinand sont ainsi séparés et chacun d'eux croit que l'autre est mort.
 
Usant des arcanes de la magie et de l'illusion, Prospero entame sa vengeance en leur faisant subir diverses épreuves destinées à les punir de leur traîtrise. Elles auront également un caractère initiatique. La réalité devient un mirage et le songe le réel. Au sein de ce théâtre, tout concourt à brouiller les frontières entre vérité et mensonge, réalité et illusion, visible et invisible et à renverser les certitudes.
 
Prisonniers d'une île, symbolisant le monde, les protagonistes vont se livrent à de multiples manœuvres et complots. Trois intrigues se jouent alors sur l'île. Avec la complicité des ivrognes, Caliban tente de se révolter contre Prospéro qui n'a aucun mal à les mater.
 
Dès qu'ils se rencontrent, Miranda et Ferdinand tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre tandis que le magicien force le prince de Naples à le servir. Enfin, Antonio et Sébastien conspirent pour tuer Alonso et Gonzalo afin que Sébastien puisse accéder au trône de Naples, mais leur plan est déjoué par Ariel qui agit à l'instigation de Prospéro.
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