Dès l'école primaire de Balsall Common, son institutrice Miss Kenderdine se rendit compte de ses difficultés d'apprentissage. Jeremy ne semblait pas capable de suivre la classe avec les autres enfants. On pensa même que le jeune garçon souffrait de problèmes d'audition ce qui se révéla inexact après des tests. A cette époque ce trouble était mal connu et mal compris, souvent interprété à tort comme un déficit sensoriel et intellectuel, ou de la paresse. Lorsque sa dyslexie fut finalement diagnostiquée, la mère de Jeremy passa beaucoup de temps à lire avec lui, afin qu'il puisse se familiariser avec les mots. Malgré cette rééducation appropriée basée sur la répétition et la durée, la dyslexie est une condition à vie et resta un handicap contre lequel Jeremy dut constamment lutter.
 
Après Abberley Hall Prep School, Jeremy devint, comme ses frères précédemment, pensionnaire au prestigieux Eton College, fleuron des public schools britanniques, fondé en 1440 et situé près du château de Windsor, 40 km à l'ouest de Londres dans le Berkshire. S'il ne brillait pas par ses résultats scolaires, il excellait en chant. Sa voix de soprano était si pure et si musicale, qu'il tenait le solo de la chorale d'Eton, mettant l'auditoire en extase. Cela lui valut de recevoir ses premières lettres de fans ! Pensionnaire à la même époque, Colin Clark évoqua le souvenir laissé par le jeune chanteur : "Dans sa robe blanche de vestale, avec ses cheveux bruns brossés jusqu'à ce qu'ils deviennent brillants, ses yeux regardant le ciel et sa bouche ouverte en pure mélodie, il pouvait faire s'évanouir son auditoire durant les psaumes… "
 
Jeremy était un sportif accompli. Mais un jour, après avoir remporté la compétition de natation d'Eton et plongé inlassablement dans les eaux troubles et glacées de la Tamise, il attrapa un rhumatisme articulaire aigu. A 16 ans il était résistant, mais la fièvre le laissa entre la vie et la mort de longues semaines. Le médecin demeura pessimiste. Il savait que son jeune patient subirait, des années plus tard, les séquelles laissées sur son cœur affaibli. L'avenir lui donna malheureusement raison.
 
Après ses études à Eton, Jeremy entra en 1951, à la "Central School of Speech and Drama" (École Centrale d'Art Oratoire et Dramatique) à Londres. Son choix n’était pas facile à faire accepter à un père aux stricts principes et à la rigidité militaire. Le Colonel trouvait ce métier dégradant et indigne. Il ne voulait absolument pas que leur nom de famille puisse être associé au monde vulgaire du spectacle et interdit formellement à son fils de l’utiliser. Jeremy réfléchit à un nom de scène et finalement choisit la marque de son premier costume en tweed vert, confectionné par la "Brett & Co Warwicke". Jeremy Brett sonnait plutôt bien.
 
Le jeune acteur se révéla très prometteur en remportant les trois principaux prix de l'école, dont le Laurence Olivier Award (maintenant connu sous le nom de Laurence Olivier Bursary Award) et le William Ford Memorial Prize.
 
Son mérite était d'autant plus grand, qu'à l'âge de 17 ans, Jeremy avait subi l'opération chirurgicale qui corrigea la malformation de sa langue. Sa diction parfaite fut le fruit d'un long travail de rééducation à la "Central School of Speech and Drama" et d'années de pratique.
 
Jeremy savait que la première étude du comédien doit être celle d'une articulation pure, exempte du moindre défaut et que ce travail doit être fait seul et antérieurement à tout autre. Tout le reste de sa vie, plusieurs heures par jour sans exception, Jeremy se livrait à des exercices de prononciation, de diction et de déclamation. C'était devenu une routine matinale. Même si l'acteur fut plus tard renommé et envié pour sa voix incomparable à l'articulé et au phrasé impeccables, sa hantise demeurait de perdre le résultat obtenu. L'impact psychologique demeura profond et durable.
 
Quand il quitta la "Central School of Speech and Drama", Jeremy effectua ses vrais débuts professionnels au "Library Theatre" à Manchester en 1954. A cette époque, il faisait essentiellement de la figuration. L'une de ses premières prestations consista à camper un soldat. Il emprunta pour cela les bottes de son père, qui, après la représentation, le félicita : "un triomphe, mon garçon". Acteur à multiples facettes, Jeremy se composa un répertoire des plus éclectiques, du classique shakespearien au théâtre avant-gardiste.
Son père le Lieutenant-Colonel Henry William Huggins, "Bill" pour les intimes, était un officier au valeureux passé militaire. Pour s'être distingué pendant la Première Guerre Mondiale, il fut l'un des premiers en Angleterre à recevoir la DSO (Distinguished Service Order), l'équivalent de la Médaille du Mérite, et fut décoré à deux reprises de la Croix de Guerre en reconnaissance de ses actes de bravoure exemplaires. Lui-même était issu d'un milieu militaire et Huguenot d'origine française.
 
Sa mère, Elisabeth Edith Butler Cadbury appartenait à la célèbre famille de chocolatiers mondialement connue. C'était une Irlandaise Quaker de Kilkenny, "un étonnant mélange" selon Jeremy. Esprit libre et réformiste, elle participa aux actions de la Croix Rouge durant la Deuxième Guerre Mondiale, en particulier lors du bombardement de Coventry, et œuvra pour la cause féminine, en présidant l'Institut des Femmes de Berkswell. Betty et Bill s'étaient rencontrés la première fois à l'occasion d'une réunion Quaker à Birmingham où ils avaient l'habitude de se retouver régulièrement. Épris l'un de l'autre, ils se marièrent en 1923.
 
Jeremy adorait sa mère que tout le monde appelait affectueusement "Bunny". Il lui ressemblait sur bien des points. Elle seule savait le comprendre et elle lui inculqua le principe d'aller jusqu'au bout de ses rêves. Dotée d'une forte personnalité indépendante, son altruisme et sa bonté la portaient toujours à aider les autres. Ainsi, elle hébergeait sous son toit tous ceux qui étaient dans le besoin, familles déshéritées par la guerre, vagabonds ou bohémiens.
 
Jeremy était un petit garçon débordant d'énergie et sans cesse en mouvement. Il avait de quoi s'occuper avec ses trois  frères, dans la propriété familiale "The Grange", spacieux manoir du 17ème siècle comportant des ajouts de la fin du 19ème et dans son grand parc. On y donnait souvent de superbes réceptions et des bals, réunissant plus d'une quarantaine d'invités. L'oncle de Jeremy, le Dr Leslie Huggins, était le maître de musique de l'école Bradley à Stowe (où le propre fils de Jeremy fit lui aussi ses études). C'était un homme extraordinaire, fou de musique. Quand il venait, Jeremy avait l'habitude de le conduire jusqu'au piano à queue au fond de l'immense salon pour lui demander de jouer. La maison entière s'emplissait de musique et l'enfant l'écoutait aux anges, tapi sous l'instrument. Jeremy reconnut avoir "eu la plus merveilleuse des vies de famille."
 
Avec les années, des aménagements furent apportés à la maison: une salle de jeu où les enfants pouvaient peindre, dessiner, jouer de la musique, un magnifique jardin en terrasses, des terrains de tennis et de squash, un colombier, de nouvelles écuries...  "The Grange" était aussi un véritable paradis pour tous les animaux, chevaux, chiens, lapins, furets et même singes, s'y ébattaient librement.  
 
Toute la famille pratiquait le tir à l'arc et l'équitation. Le Colonel et ses quatre fils étaient membres du prestigieux club "Woodmen of Arden" de Meriden fondé en 1758. Jeremy suivit les traces de ses frères aînés et quand il eut vingt-et-un ans, fut nommé Master Forester dès son premier jour. Le jeune garçon se passionna très tôt pour l'équitation. Il avait son propre poney "Babs". Rapidement, il se révéla un cavalier émérite, participa à des concours et gagna des prix. Il caressa un temps le rêve de devenir Jockey … avant de trop grandir.
 
L'amour de Jeremy envers les animaux était flagrant. Il les choyait, leur murmurait à l'oreille comme à des êtres humains et trouvait du réconfort dans leur royaume. Car il était souvent seul. Sa mère se vouait aux autres, ses frères plus âgés s'intéressaient à leurs affaires et ses camarades se moquaient du défaut d'élocution dont il souffrait. Né avec une ankyloglossie, c'est à dire une malformation du frein lingual entraînant un déficit de mobilité de la langue, Jeremy ne parvenait pas à prononcer correctement les sons "R" et "S". Victime des railleries des autres enfants, son trouble s'aggravait considérablement quand il se sentait nerveux ou anxieux. Des phrases entières pouvaient devenir totalement incompréhensibles. Profondément complexé et meurtri d'être ainsi ridiculisé, Jeremy préférait s'isoler. Replié sur lui-même, sa propre imagination lui servait d'évasion. Mais avec sa détermination et sa positivité, jamais il ne renonça à son rêve de devenir un jour acteur.
 
Enfant déjà, Jeremy aimait capter l'intérêt des autres et tout mettre en scène. Avec son imagination débordante, son goût de la dramatisation et son comportement hyperactif, on lui reprochait souvent d'en faire trop. "Je mettais tout en scène, toutes les chansons" confia-t-il dans une interview en Juin 1992. Il était passionné de cinéma.  Quatre fois par semaine, il se rendait à bicyclette au cinéma Cameo de Berkswell. Un jour, on projetta "Henry V". Bouleversé et profondément impressionné par l'interprétation de Laurence Olivier, la décision du jeune garçon de 12 ans était évidente : il serait acteur !
Jeremy retourna à Londres, pour rejoindre la Compagnie du "Old Vic Theatre" en 1956 et faire ses débuts dans la capitale. L'année suivante, il partit en tournée en Angleterre, au Canada et aux Etats-Unis. Il interpréta plusieurs pièces de Shakespeare, dont la plus connue, "Troilus and Cressida". Elle lui valut de remporter "The Most Promising Actor Award" pour son rôle de Patroclus. La pièce fut présentée à Broadway, au Winter Garden de New-York et d'autres villes états-uniennes. Le 4 Mars 1957, Jeremy, qui jouait le comte Pâris, réalisa sa première retransmission télévisée de la pièce "Romeo and Juliet" sur la chaîne américaine NBC.
 
King Vidor, le célèbre cinéaste américain, remarqua un jour la photo du jeune premier parue dans "The British Spotlight" à l'époque du "Library Theatre". En 1956, il l'engagea pour interpréter Nicholas Rostov dans sa superproduction "War and Peace", adaptée du roman de Tolstoï. Jeremy joua aux côtés d'Henry Fonda, Mel Ferrer et Audrey Hepburn. Ce film, tourné principalement à Rome, marqua sa première rencontre avec Audrey.
 
Le 24 Mai 1958, Jeremy épousa l'actrice Anna Massey, fille du célèbre acteur de cinéma Raymond Massey et de l'actrice Adrienne Allen. Tous deux étaient très jeunes, Anna avait presque 21 ans et Jeremy 24. Leur seul fils, David Raymond William Huggins, naquit le 14 Août 1959. Il est aujourd'hui un caricaturiste à succès, également romancier ("Luxury Amnesia" ; "Me Me Me " ; "The Big Kiss") peintre et illustrateur. Jeremy aimait s'entourer des œuvres de son fils.
 
Jeremy connut une série de succès tels que la comédie musicale "Meet me by the Moonlight" (1957), "Variation on a Theme" (1958) "The Edwardians" (1959), "The Changeling" (1961), "The Kitchen" (1961) et surtout "Hamlet" (1961). Au "Strand" de Londres, sa prestation lui valut l’unanimité enthousiaste de la critique : "Brett est un Prince parmi les acteurs". Et la réconciliation avec son père. Si ce dernier avait manifesté son désaccord au début, il avait surtout peur pour son fils et craignait que ses problèmes d'élocution ne le fassent échouer. Le Colonel découvrit l'affiche "Jeremy Brett dans Hamlet" et assista au triomphe de la représentation. Très impressionné et admiratif, il lui dit qu'il était temps de reprendre son nom de Huggins. Son père fut anéanti, quand Jeremy, très ému, lui répondit qu'il était trop tard ...
 
Sa mère Elizabeth n'assista pas à son triomphe, ni à aucun autre de ses succès. Elle mourut tragiquement en 1959 dans un accident de voiture dans les montagnes galloises, laissant son fils de 25 ans désespéré. Jeremy déclara plus tard à un journaliste de la BBC2, qu'il avait canalisé toute la colère refoulée en lui par la perte de sa mère, dans son interprétation d'Hamlet.
 
Ce fut également l'une des dernières joies de son père qui allait mourir en 1965 d'une maladie cardiaque. Le frère aîné de Jeremy, le Révérend John Huggins, vicaire anglican, raconta que celui-ci prit la responsabilité de prodiguer les soins à leur vieux père durant ses dernières années.
 
Tandis qu'il gagnait en notoriété, son mariage se détériorait. Le couple partageait de merveilleux moments, mais il réunissait deux êtres trop dissemblables. Anna était réservée et calme, Jeremy, extraverti et hyperactif. Anna appréhendait mal son débordement d'énergie, son besoin de sortir et s'amuser. Jeremy découvrait chez sa femme des aspects qu'il ne comprenait pas. Les disputes se firent plus fréquentes, entrecoupées de tendres réconciliations. Tous deux s'aimaient tendrement malgré tout et cherchèrent désespérément à sauver leur union.
 
Avec franchise et ménagements, Jeremy avoua à sa femme à la fin de l'automne 1960, que tout était fini. Il avait rencontré quelqu'un pendant des vacances en Suisse à Montreux ... un homme. Le choc passé, il tentèrent une ultime réconciliation qui dura six semaines. Le divorce fut prononcé le 9 Novembre 1962. Tous deux restèrent en bons termes et continuèrent à s'occuper de leur fils David. Anna savait qu'elle pouvait compter sur Jeremy qui serait toujours là pour eux.
Pendant plusieurs années Jeremy a entretenu des relations homosexuelles, en particulier sept ans avec Gary Bond (1969-1976). Jeremy avait d'abord remarqué le jeune et bel acteur dans la comédie musicale "On The Level" en 1966. Leur rencontre eut lieu plus tard, en Décembre 1969, à l'occasion d'un spectacle de bienfaisance, "A Talent to Amuse", célébrant le 70ème anniversaire de Noël Coward. L'inclination qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre devint rapidement quelque chose de profond et sérieux. Les deux acteurs se ressemblaient sur bien des points, partageant l'amour de la vie et le goût du rire. Après le tournage de Gary en Australie dans "Wake in Fright" en 1971, ils décidèrent de vivre ensemble dans une maison à Notting Hill. Les années passant, Jeremy souhaita mettre fin à leur union, mais leur amitié resta indéfectible.
 
Entre temps, Jeremy poursuivait sa carrière. Il se rendit en 1963 au festival de théâtre de Chichester où Laurence Olivier préparait son répertoire pour la nouvelle saison. Le célèbre acteur attendait de chacun de ses élèves qu'il "ait le corps d'un Dieu et la voix de tout un orchestre".
 
Jeremy ne déçut pas son mentor et fut engagé dans la prestigieuse compagnie du "National Theatre". Mais Sir Olivier désapprouva fortement la décision de son nouveau disciple de s'envoler peu après aux Etats-Unis pour jouer dans "My Fair Lady" en 1964. Il fit de son mieux pour le retenir, mais l'appel d'Hollywood fut le plus fort.
 
Jeremy pouvait-il refuser une telle aventure ? un tel bonheur de jouer Freddy Eynsford-Hill aux côtés d'Audrey Hepburn ? une telle opportunité de faire carrière en Amérique ? La Warner Bros. dut débourser 10.000 $ au "National Theatre Group" pour délier Jeremy de son contrat.
 
Après le tournage de "My Fair Lady", Jeremy enchaîna en jouant dans "A Month in the Country" et monta sur la scène de Broadway pour "The Deputy". Cette pièce très controversée sur le thème de l'attitude de l'Eglise façe au Nazisme connut un énorme succès avec 109 représentations et suscita une énorme polémique.
 
Un bref moment Harry Saltzman et Albert R. Broccoli pensèrent à lui pour le rôle de James Bond dans "Au service secret de sa Majesté" (1969) après que Sean Connery eût abandonné la série en 1967, mais le rôle alla finalement à l'Australien George Lazenby. Plus tard une deuxième audition pour le rôle de 007 dans "Vivre et laisser mourir" (1973) fut tout aussi infructueuse, puisque Roger Moore devint cette fois l'espion convoité.
 
Jeremy rentra en Angleterre et son retour marqua ses vrais débuts au "National Theatre". Olivier lui offrit de grands rôles dans ses productions. Il interpréta Shakespeare, avec Orlando dans "Comme il vous plaira" et Bassanio dans "Le Marchand de Venise".
 
En 1969, il incarna un Che Guevara plus vrai que nature dans la pièce de John Spurling "MacRune's Guevara". Pour entrer dans la peau du révolutionnaire bolivien, Jeremy passa près de six mois à sillonner l'Amérique Latine en auto-stop. Très intrigué par les exploits du Che  là-bas, il suivit sa route pour obtenir la meilleure approche et compréhension de son passé. Aux côtés de Maggie Smith, il joua dans "Hedda Gabler" de Henrick Ibsen, sous la direction d’Ingmar Bergman, au "Cambridge Theatre" à Londres en 1970. Ses partenaires de la période du "National Theatre" étaient, entre autres, son ami de toujours Robert Stephens, Maggie Smith, Anthony Hopkins, Derek Jacobi ou Joan Plowright, la femme de Sir Laurence Olivier.
out en restant très discret, Jeremy n'a jamais caché le fait qu'il était bisexuel. Il en parlait à ceux qu'il estimait dignes de confiance et prêts à l'entendre. Les mœurs de l'époque considéraient les pratiques homosexuelles comme moralement inacceptables et passibles de tomber sous le coup de la loi pénale. De nombreux homosexuels subirent la répugnance des autres, et la peur du châtiment quand ils étaient démasqués.
C'est à l'occasion de cette formidable pièce sur le thème du ménage à trois que Jeremy connut sa deuxième femme, Joanie. Joan Wilson Sullivan venait d'une ferme dans le Wisconsin et du sang Cherokee coulait dans ses veines. Elle était productrice à la télévision américaine pour WGBH à Boston depuis 1967. Passionnée de télévision britannique, Joan réussit à construire un pont délicat entre les Etats-Unis et l'Angleterre en proposant des programmes anglais sur les écrans publics américains. Elle créa des émissions d'anthologie "Masterpiece Theatre" pour le Public Broadcasting Service of America (PBS) qu'elle défendit pendant 18 ans et "Classic Theatre" qui lui valut de remporter 12 Emmys et l'émission "Mystery !" en 1980.
Joan avait ssisté spécialement à la représentation de "Design For Living" pour le séduisant Jeremy. En le voyant sur scène dans le rôle d'Otto, elle sut qu'il était "l'homme de sa vie". Séduite par sa manière de se déplacer, Jeremy raconta plus tard qu'elle lui dit : "Ce n'était pas ce que tu disais chéri, c'était la façon dont tu bougeais tes fesses !"
 
En fait tous deux eurent l'occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises. D'abord en 1975, lorsque Jeremy terminait le tournage de "The Rivals" et enchaînait avec celui de "The School for Scandal". Joan le choisit alors parmi tous les autres acteurs pour discuter devant la caméra en préambule de la pièce pour son émission "Classic Theatre". Cette rencontre, qui ne devait durer que quatre minutes, se prolongea deux heures et demie ! Puis quand Jeremy remplaça le présentateur attitré Alistair Cooke dans l'émission "Masterpiece Theatre" et quand il présenta en 1976, la cultissime série de PBS, "Piccadilly Circus" produite par Joan.
 
Joan et Jeremy finirent par tomber amoureux. Joan organisa leur première "vraie" rencontre non professionnelle. L'alchimie se produisit entre eux au premier regard et leur histoire d'amour culmina par leur mariage le 22 Novembre 1977. Jeremy considéra immédiatement comme les siens les deux enfants de Joan, Caleb et Rebecca. Tous les quatre s'installèrent à Boston où travaillait Joan.
 
Leur couple n'était cependant pas ordinaire. Chacun menait une vie très indépendante qui leur convenait bien, car ils étaient tous deux passionnés par leur carrière. Productrice exigeante, Joan était totalement investie dans son métier, se considérant elle-même comme un être plutôt solitaire et un bourreau de travail. Jeremy déclara que les périodes qu'ils partageaient ensemble étaient particulières et exceptionnelles, et leur union basée sur une compréhension et une acceptation uniques l'un envers l'autre.
eremy était un homme de théâtre. Sa passion l'amena à se produire sur les grandes scènes anglaises et à participer à des festivals en Angleterre (Chichester) et à l'étranger (Stratford Shakespeare Festival au Canada et aux Etats-Unis). Il partagea l’affiche avec Alec Guiness dans la pièce de John Mortimer "A voyage ‘Round My Father" (Theatre Royal, Haymaket, Londres, 1971) Ingrid Bergman dans "A Month in the Country" d'Yvan Tourgueniev (Cambridge Theatre, Londres, 1965) ou avec Vanessa Redgrave dans "Design For Living" de Noël Coward (Phoenix Theatre, Londres,1973).
cette époque la chaîne de télévision Granada Television l'avait déjà contacté pour lui proposer d'interpréter Sherlock Holmes. Le producteur et initiateur du projet, Michael Cox, considérait que Brett était l'interprète idéal. Il possédait à la fois, la voix, l'intelligence, l'énergie, l'aristocratie, l'autorité … et le physique. Sa ressemblance, avec les illustrations du célèbre détective dans le Strand Magazine par Sydney Paget était saisissante.
ès l'orée des années 60, Jeremy était rarement absent des écrans de télévision britanniques. Les téléspectateurs l'apprécièrent dans des séries classiques à ses débuts. Il incarna un fougueux D'Artagnan dans l'adaptation des "Trois Mousquetaires" de 1966, le brillant dandy désoeuvré Vicomte Goring dans la pièce "Un Mari Idéal" en 1969. Dans l'œuvre d'Oscar Wilde "Le Portrait  de Dorian Gray", il joua les deux rôles du fascinant modèle Dorian en 1963, et du peintre Basil Hallward en 1976.
ais tout d'abord Jeremy devait suivre ses années de scolarité, une époque pénible pour lui. Gêné par des problèmes de dyslexie, il se considérait lui-même comme un "désastre académique".
Dans le répertoire de Shakespeare, il tint le rôle de Bassanio dans "Le Marchand de Venise" aux  côtés de Sir Laurence Olivier en 1970 ; et celui de Malcolm dans l’adaptation télévisée de "Macbeth" en 1982, devenue une vidéo de référence à des fins pédagogiques utilisée dans les écoles anglaises et américaines.
 
Son interprétation de Max de Winter fut très remarquée dans la version télévisée de 1979 du roman de Daphné du Maurier "Rebecca". Les critiques élogieuses estimèrent sa prestation supérieure à celle de  Laurence Olivier dans le film d’Hitchcock de 1940. Le tournage réunit Jeremy, le héros tourmenté, Anna  Massey, la sinistre Mrs. Danvers, leur fils David, qui tenait un petit rôle, et Joan, la productrice du film !
 
Lors d'interviews, Jeremy regrettait que son physique de jeune premier élégant et aristocratique, sa "pretty face", l'aient prédisposé à des rôles classiques, en particulier au théâtre. Il plaisantait sur le fait qu’il ait rarement l'occasion de jouer des personnages au-delà du 20ème siècle et encore moins des contemporains. Finalement, il se considérait lui-même comme un romantique dans l'âme.
 
Ainsi les téléspectateurs l'ont vu dans les rôles de Lord Byron en 1970, du poète Robert Browning dans "The Barretts of Wimpole Street" en 1982, du magistral Premier Ministre William Pitt the Younger dans "Number 10 : Bloodline" en 1983.
 
On put le voir également dans des registres variés et des personnages éclectiques. Plus d'une soixantaine de rôles à son crédit. Voyou meurtrier dans "The Seven Eyes of Night" en 1967, complètement halluciné ou hanté dans les séries "Haunted" et "Supernatural", psychopathe dans "The Secret of Seagul Island" en 1981. Et fut même la "Guest Star" de séries plus inattendues : "The Champions", "Battelstar Galactica 1980", "La Croisière s'amuse" et ... "Hulk"... ! Jeremy aurait aimé jouer des comédies. Pour lui, faire rire les gens était le plus gratifiant. On peut apprécier son talent comique dans "On Approval", la jouissive et désopilante pièce de Frederick Lonsdale, télévisée en 1982.
Linda découvrit la première fois Jeremy sur le petit écran dans un épisode de Sherlock Holmes de Granada. Subjuguée, elle voulut en savoir plus sur lui et alla le voir sur scène en chair et en os à l'occasion de la tournée du "Secret of Sherlock Holmes" à Richmond dans le Surrey, le 12 Septembre 1988. A la fin de la représentation, elle obtint un autographe, et plus tard l'opportunité de le rencontrer dans sa loge, sa "chambre verte" où fans, cinéphiles et holmésiens venaient discuter.
 
La vraie rencontre au théâtre Wyndham à Londres fut à la hauteur de ses espérances. Tombée sous le charme de l'acteur, l'homme la conquit et la séduisit. En Mars 1989, elle lui avait fait part dans une lettre de son projet de marathon autour de l'Angleterre "The Keep Hope Alive" destiné à récolter des fonds pour la recherche contre le cancer. Sensibilisé et concerné par cette maladie qui avait emporté sa femme, Jeremy lui téléphona dès le lendemain pour l'inviter à venir le voir. Il l'aida à concrétiser son projet en lui apportant son aide financière et morale. Plus tard il fonda avec elle la "Fondation Jeremy Brett Pour la Recherche Contre le Cancer".
 
Une solide amitié naquit entre eux. Tous deux se voyaient régulièrement au café habituel de Jeremy près de son appartement de Clapham Common, le "Tea Time". Linda l'encourageait à parler de sa carrière, lui aimait discuter philosophie, des après-midi entiers se passaient à bavarder. Jeremy lui enseigna la méditation qu'il pratiquait régulièrement assis en tailleur, sa foi positive en la vie. Ils vécurent de merveilleux moments de tendre complicité et d'intense communion.
 
Bientôt, commencèrent les années sombres. La santé de Jeremy se détériorait inexorablement et peu à peu la présence de Linda s'avéra indispensable. Il devint évident qu'il ne pouvait plus vivre seul et avait besoin de quelqu'un pour s'occuper de lui. Linda s'installa chez lui après son séjour à l'hôpital Charters Nightingale. Jeremy l'appelait tendrement sa "nurse" car elle veillait sur lui constamment et devint incollable sur la maniaco-dépression et son traitement. Elle fit de son mieux pour l'aider et s'occuper de lui, en effet la pathologie mentale est dévastatrice pour le malade mais aussi pour ses proches. Par moment, tous deux profitaient des moments plus sereins de complicité et de rire. Linda l'accompagna avec amour et courage jusqu'à son dernier souffle.
Dès février 1982, son meilleur ami Robert Stephens l'avait mis en garde, lui déconseillant d'accepter. Lui-même avait enfilé la panoplie du détective en 1970 dans le film de Billy Wilder "La vie privée de Sherlock Holmes". Ce fut une expérience douloureuse dont il ne sortit pas indemne. Un héros écrasant et un tournage épuisant le rendirent malade. Il sombra dans une sévère dépression qui aggrava son alcoolisme. Stephens alerta son ami : "Tu vas devoir descendre dans de telles profondeurs pour trouver cet homme que tu vas t'auto-détruire. J'ai eu de la chance qu'il ne m'ait pas tué."
 
Son fils David était également sceptique. Il craignait que ce rôle n'affecte la santé et l'équilibre fragile de son père. Tous deux virent malheureusement se réaliser  leurs craintes quelques années plus tard.
 
Jeremy pour l'instant avait un autre projet en tête. Il voulait réaliser un film tiré de sa pièce shakespearienne "La Tempête" et cherchait les fonds nécessaires. Mais compte-tenu de son échec au théâtre, ses espoirs étaient compromis, d'autant plus qu'une grande adaptation au cinéma de cette même œuvre était prévue avec John Cassavetes. Il reconsidéra la proposition de la Granada, après avoir relu en vacances, à la Barbade, toute l'œuvre d'Arthur Conan Doyle (dite le "Canon"). Le charme et le mystère de Sherlock Holmes balayèrent d'un coup de vent "La Tempête" et Prospero.
 
Jeremy accepta le rôle fin 1983. "The game is afoot !" - la partie commence - aurait dit Holmes.
 
Printemps 1984, le 24 Avril, "Un scandale en Bohême" fit découvrir au public britannique le nouveau visage de Sherlock Holmes. La mise en scène de l'épisode pilote entretient le suspense. La caméra s'attarde sur la nuque du détective, puis, lentement, le visage admirablement ciselé de Jeremy se retourne, se dévoilant enfin face aux téléspectateurs. Pendant de longues secondes, l'image se fige sur ses traits énigmatiques, véritable incarnation d'un dessin de Sidney Paget. Holmes est vivant ! Son pouvoir de fascination et son magnétisme transcendent l'écran. Sa voix s'élève alors, profonde et captivante, dans le magnifique monologue "Mon esprit refuse la stagnation". Dans un concert de louanges, public et presse adhérèrent immédiatement à ce nouveau héros.
 
Grâce à sa formidable maîtrise de la technique d'interprétation de la "Méthode", aussi appelée "becoming", mise au point par Constantin Stanislavski, auteur de "La Formation de l'acteur" et de "La Construction du personnage", Jeremy redonna vie à Sherlock Holmes. "Vous devenez la personne que vous interprétez. Telle une éponge, vous extrayez votre propre liquide et absorbez le liquide de la créature ou de la personne que vous jouez" pour en faire ressortir toute la quintessence. Cependant, si ce rôle scella la notoriété mondiale de Jeremy, il le perturba aussi dangereusement. Ce personnage complexe le fascina au point de s'y investir corps et âme.
 
Obsédé par Holmes sur lequel il fit de multiples recherches, il ne quittait jamais son petit carnet rouge de 77 pages où il avait tout consigné : les gestes excentriques des mains, le rire brusque et violent, la façon de boire et de manger, etc... Le "Canon" doylien était devenu sa Bible, il le lisait, le relisait des nuits entières, s'y référant constamment. Passionné et perfectionniste, aucun détail ne lui échappait. Son détective est analytique, obsessionnel, parfois dépressif. Il l'a rendu plus humain, plus complexe et plus entier, révélant des aspects insoupçonnés de son caractère, en restant fidèle autant que possible aux écrits de Conan Doyle.
 
Pour beaucoup - holmésiens ou non - Jeremy Brett incarne le Sherlock Holmes "définitif".
ne autre personne qui chérissait Jeremy allait entrer dans sa vie et devenir sa dernière compagne. Linda Pritchard.
Le bilan était alarmant. Les traitements prescrits pour contrôler sa maniaco-dépression avaient endommagé son cœur déjà malade depuis l'enfance. Et puis Jeremy fumait beaucoup trop, depuis trop longtemps. Habitude prise à Eton et devenue une véritable addiction. Edward Hardwicke était témoin de l'aggravation de sa dépendance quand il voyait son ami acheter 60 cigarettes sur le chemin du studio et les fumer tout au long de la journée … Tous les prétextes étaient bons pour qu'Holmes fume une cigarette. Il avait arrêté un temps, mais l'attrait de la nicotine était le plus fort. Il recommença peu de temps avant sa mort, malgré le choc causé à la vue de ses poumons.
 
Les médicaments, lithium et stéroïdes, provoquèrent également des effets secondaires, une forte prise de poids et une rétention d'eau qui bouffissait son visage. Jeremy souffrait de son aspect physique qui suscitait des critiques malveillantes et blessantes. Public et presse refusaient de le voir beaucoup moins svelte qu'au début de la série et le lui reprochaient sans aménité. "S'ils avaient su !" dira plus tard David Stuart Davies. Le ralentissement de l'activité psychique entraînait des difficultés de concentration, d'attention et des troubles de mémoire.
 
Néanmoins, en grand professionnel qu'il était, il continua son métier. Certaines fois, il ne pouvait plus donner toute la mesure de son talent, d'autres fois on retrouvait le Jeremy intense et vibrant. En Mars 1994, son état exigea qu'il ne tournât qu'un jour sur deux dans "La Boite en Carton". Ce fut le dernier épisode de Sherlock Holmes et de Jeremy. Dix ans s'étaient écoulés et 41 épisodes.
 
Jeremy avait du mal à rester inactif. Il interpréta encore l’inquiétant et complexe Tony Vernon-Smith au cinéma dans "Mad Dogs And Englishmen" en 1994 et tourna sa seule et ultime scène dans "Moll Flanders", film posthume sorti en 1996. Il avait également tenté de contacter Walt Disney pour prêter sa voix à l'un de leurs personnages, "un daim ou un éléphant".
 
Une admiratrice téléphona un jour à Jeremy pour le féliciter de son interprétation du maître détective. Elle demanda s'il ne pensait pas que Holmes était maniaco dépressif. Elle n'entendit plus rien. Il avait raccroché. En apprenant plus tard sa maladie, elle réalisa combien la question avait pu le troubler ...
 
Avec le temps l'alternance des crises devint plus intense et rapprochée. Toutefois, Jeremy était loin d'être un personnage tragique. Son sens de l'humour, son inébranlable force d'âme, lui permirent de rendre cette situation plus tolérable. Il ne cessa jamais d'être l'homme de cœur qu'affectionnaient les gens qui se souciaient de lui, ni de mener une vie épanouie, remplie de bons souvenirs. Les dernières années, il avait révélé sa bipolarité au public. Il voulait aider les malades, les sensibiliser et leur donner de l'espoir, en parlant ouvertement. Le 3 Août 1995, il participa à une émission radiophonique de charité sur BBC Radio Four, en faveur du "Manic Depression Fellowship". Ce fut sa dernière prestation.
 
Son état se détériora rapidement… cardiomyopathie. Seule une transplantation aurait pu le sauver, mais lui-même reconnaissait que "c'était trop pour lui".
 
Jeremy mourut pendant son sommeil le 12 septembre 1995, dans son appartement de Clapham Common à Londres, près du parc qu'il aimait tant. Linda le découvrit inanimé et serein. Il fut incinéré. Au cours de la cérémonie religieuse du souvenir dans l'Eglise Saint-Martin in The Fields, le 29 Novembre 1995, son frère aîné, le Révérend John Huggins, donna la bénédiction et lut le message de Jeremy à ses amis :
la fête donnée pour son 58ème anniversaire, proches et comédiens, metteurs en scène et équipes de production étaient réunis, lorsque Jeremy leva son verre et prit la parole: "Je suis désolé, j'ai peur de ne pas pouvoir continuer… s'il vous plaît conduisez-moi vite à l'hôpital". C'est ce qu'ils firent. Ils apprirent qu'il avait fait une crise cardiaque.
ors du tournage du "Dernier problème" en 1985, Jeremy savait que sa femme était atteinte d'un cancer du pancréas. Il boucla le tournage et retourna immédiatement en Amérique pour être auprès d'elle.
onsidéré comme l'un des plus séduisants interprètes et l'une des plus belles voix masculines, Jeremy s'illustra également sur la scène musicale britannique :
eremy était atteint de troubles bipolaires de type 1, c'est à dire de la forme la plus grave. Jusqu'à présent la maladie avait évolué à bas bruit et à un moindre degré, sans dérèglements ou tourments particuliers.
On with the Motley... On with the show... Que le spectacle continue !
Bravo et merci Monsieur Brett !
Vous resterez à jamais présent dans nos mémoires et nos cœurs …
e Warwickshire, le "Pays Noir", terre de Shakespeare au cœur de l'Angleterre. C'est dans cette région prédestinée, à Berkswell, petit village près de Coventry, que Jeremy Brett vit le jour le 3 Novembre 1933. Né Peter Jeremy William Huggins, il était le benjamin de ses trois frères John, Michael et Patrick, et le plus dorloté.
n 1954, Jeremy fit sa première apparition au cinéma. Un simple rôle de figuration non-crédité au générique, dans le long métrage "Svengali", adaptation britannique réalisée par Noël Langley sur le célèbre hypnotiseur maléfique éponyme.
Il chanta dans "Meet Me by Moonlight" en 1957, "Marigold" en 1959, et "Johnny the Priest" en 1960, l'une de ses dernières prestations. Pour la soirée télévisée de Noël 1968, il chanta si merveilleusement le Comte Danilo dans l'opérette "The Merry Widow", que son meilleur ami Robert Stephens confia avoir été fou de jalousie pour la première fois de sa vie !
 
Jeremy, dont la réputation et la notoriété étaient bien établies en Angleterre, connut également un grand succès au théâtre Outre-Atlantique. En 1978, il triompha en incarnant un comte Dracula mortellement séduisant dans la pièce éponyme au Ahmanson Theatre de Los Angeles. Jeremy jubilait dans ce rôle, malgré la lourde cape de presque 15 kilos. Public et critiques l'adoraient.
 
Dans ce même théâtre en 1980, il découvrit l'univers holmésien en jouant le Dr John Watson dans "The Crucifer of Blood" aux côtés de Charlton Heston en Sherlock Holmes. Le public l'acclama dans la truculente comédie de salon, "Aren’t We All? ". Pour sa dernière apparition sur une scène new-yorkaise, il joua William Tatham, aux côtés de Rex Harrison et Claudette Colbert.
 
En 1982 Jeremy produisit, mit en scène et interpréta "La Tempête" de Shakespeare à Toronto au Canada. Ce fut un échec cinglant qu'il admit bien volontiers : "Je suis d’abord et avant tout un acteur".
Le soir, il se partageait entre "Aren't we all?" au Brooks Atkinson Theatre à New York et "Song". Le reste de son temps était pour Joanie. Bouleversé, Jeremy s'évanouit la première fois qu'il pénétra dans sa chambre d'hôpital. Il la soutint jusqu'à la fin. La maladie l'emporta rapidement, elle mourut le 4 Juillet 1985.
 
Un maelstrom s'abattit. Les lumières s'étaient éteintes. Jeremy avait perdu sa complice et sa confidente : "Vous ne vous remettez jamais d'une telle perte. Vous vous y habituez. Mais vous ne la surmontez jamais." Ses amis avaient perdu l'homme flamboyant qu'ils connaissaient. Même des années plus tard, son chagrin était immense et les larmes lui montaient aux yeux lorsqu'il évoquait cet "amour qu'on ne connaît qu'une fois dans sa vie".
 
Ses partenaires de théâtre le soutenaient du mieux qu'ils le pouvaient. Jeremy, sans savoir comment, honora les 96 représentations de "Aren't we all?". Il rentra définitivement en Angleterre, le 21 Juillet 1985.
 
Sa foi en la vie et l’amour de son métier l’empêchèrent de sombrer. Provisoirement ...
 
Jeremy fit une pause et se remit au travail en Août 1986. La Granada l'attendait pour tourner "Le Retour de Sherlock Holmes" avec son nouveau Watson. Edward Hardwicke remplaçait David Burke, qui avait choisi de retourner au théâtre, pour être avec sa femme et son jeune fils. Jeremy avait perdu un grand ami, il lui fallut gérer une émotion supplémentaire. Avec bonheur, les nouveaux partenaires sympathisèrent très vite.
 
Sherlock Holmes le hantait de plus en plus. Le caractère sombre et tourmenté du personnage réveillait en lui ses propres démons. Un emploi du temps surchargé, des nuits d'insomnie seul dans des chambres d'hôtel, son épuisement et sa fragilité émotionnelle, vinrent à bout de ses dernières résistances.
 
L 'acteur sombra dans une grave dépression fin 1986. Transporté en ambulance à l'hôpital psychiatrique de Maudsley, Danmark Hill, à Londres, il y resta 10 semaines. C'est là que fut révélée et diagnostiquée sa maniaco-dépression.
Avec effroi, il réalisa qu'il avait probablement souffert de cette maladie depuis toujours sans en avoir conscience. Peut-être les premiers signes s'étaient-ils manifestés dès la mort de sa mère ? Il avoua lui-même qu'il était difficile de faire la part des choses entre une pathologie et la psyché d'un acteur, par nature passionné et extraverti. S'il avait exercé tout autre métier, peut-être l'aurait-on découvert bien avant ?
 
En voyant la peine de David à son chevet d'hôpital, il se promit que cela ne devait jamais se reproduire. Mais la lutte était inégale. La maniaco-dépression ne lui laissa plus aucun répit. Terrible maladie qui affecte l'humeur, alternant les accès maniaques ("hauts") et les épisodes dépressifs ("bas").
 
La manie se traduit par une euphorie excessive, une énergie inépuisable voire une agitation frénétique, une accélération psychique et un flot de pensées. Au cours de ces épisodes, le malade peut devenir anormalement irritable, arrogant, provocateur voire agressif, tenir des propos outranciers ou souffrir d'hallucinations délirantes. Suit alors la phase dépressive marquée par une tristesse profonde, une perte d’énergie et d’intérêt, un ralentissement de l'activité. Il ne semble pas que Jeremy ait souffert des pensées morbides qui accompagnent les "accès mélancoliques" et rendent le risque de suicide extrêmement important. Par rapport aux autres formes moins sévères, la maniaco-dépression de type 1 se caractérise par une perte de conscience et de contrôle de soi. Dans ces moments là, Jeremy révélait une personnalité antinomique et un comportement qu'il regrettait aussitôt, se confondant en excuses pour avoir causé du mal ou blessé certaines personnes. Très affecté, il avait tendance au repli sur soi et à l'isolement, d'autant plus qu'il ressentait un fort sentiment de culpabilité et de dévalorisation.
 
Pendant les premières semaines d'hôpital, Jeremy restra allongé sur son lit sans rien faire. Il disait que son monde "était devenu blanc" et qu'il pouvait seulement "rester immobile les poings serrés contre son visage".
 
Edward Hardwicke fut bouleversé en allant le voir, et tenta de combattre sa peur de ne plus pouvoir exercer son métier. Son ami avait toujours été un homme flamboyant et excentrique, mais dans le bon sens du terme. A ses yeux, "son comportement relevait moins de la manie que de l’excentricité", une merveilleuse qualité qu’il aurait lui-même aimé avoir. Jeremy prit conscience qu'il avait dû être dans des phases de "hauts" jusqu'alors. Mais la dépression l'avait fait chuter dans des abysses vertigineux.
 
Le jeu d'acteur de Jeremy était unique. En témoignent certaines scènes des "Six Napoléons", de "Rebecca" ou de "Number 10". Ses sentiments exacerbés et sa sensibilité à fleur de peau, lui ont permis d'insuffler des émotions et des charges d'énergie vibrante, et d'atteindre le summum de son art.
 
Serait-il capable de rejouer ? Pourtant, dès sa sortie, il se rendit sur les plateaux de tournage de la série pour le "Signe des Quatre". Et dès l'année suivante en 1988, il remonta de nouveau sur les planches pour triompher dans "The Secret of Sherlock Holmes".
 
Son très bon ami Jeremy Paul, scénariste de nombreux épisodes pour Granada, avait écrit cette pièce pour commémorer le centenaire de Sherlock Holmes. Jeremy, enthousiaste, lui avait fourni le matériau de base. Il avait imaginé tout un passé pour Holmes et noirci des pages de notes. Jouer la pièce lui servit de psychothérapie. Il prenait du recul face au personnage. "The Secret of Sherlock Holmes" démarra à Londres au Wyndham's Theatre. Devant le succès phénoménal, les six semaines de représentations initialement prévues se prolongèrent toute une année avec des salles combles tous les soirs, puis s'achevèrent avec une tournée jusqu'à Noël 1989.
 
Jeremy termina exténué. Si psychologiquement il allait mieux, son état physique avait empiré. Ses collègues devaient faire face à ses sautes d'humeur. Son partenaire Edward Hardwicke était complètement déstabilisé, lorsque Jeremy récitait de longs monologues de Shakespeare qui n'étaient absolument pas dans le texte, pour "rafraîchir" sa prestation. Mais on lui pardonnait tout.
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( Jeremy Brett )